L'imprégnation: quand le chiot apprend à être un chien

Traits spécifiques du comportement canin

L'imprégnation,commence pendant la phase transitoire (âge deux / trois semaines)  et se poursuit durant toute la phase de socialisation (socialisation intra-spécifique). Le  chiot découvre l’espèce à la quelle il appartient, et prend conscience de lui appartenir. Il apprend à être un chien.

C’est la phase d’apprentissage des codes et des rituels de communication, de leurs significations, et de leurs effets. La mère, avec une parfaite  cohérence et sans état d’âme guide le chiot dans l’acquisition du mode d’emploi de ses propres compétences. Voici les grands traits de comportement que le chiot acquiert. Il faur savoir les reconnaitre, pour savoir comprendre son chien.

La communication

Le chiot apprend  notamment à communiquer de près ou à distance par :
-l’odorat : phéromones, marquage urinaire ou plantaire, œstrus etc
-l’ouïe : les grognements, aboiements, gémissements, hurlements, vocalises etc
-le contact : léchage, caresses, coups de pattes, coups de tête
-la vue : les postures,(voir planche de postures), les mouvement des poils, des oreilles, de la queue, des babines des yeux, du corps etc.

Le chiot utilise un répertoire de comportements qu’il découvre en le testant lors de ses échanges avec sa mère, ou lors des jeux  et des combats simulés (ou non parfois) avec ses frères et ses sœurs. Il découvre ainsi les bénéfices de l’attitude d’invitation au jeu et des autres gestes d’apaisement. Cet apprentissage est essentiel pour limiter les risques ultérieurs d’altercations ou de conflits en cas de rencontres avec des congénères inconnus.

La morsure inhibée


Le chiot apprend à contrôler et arrêter sa morsure : la morsure inhibée.
Au cours des jeux ou des combats dans la fratrie, le chiot mordeur qui fait trop mal reçoit de la part du mordu un cri strident ou une morsure reflexe.  C’est la force des désagréments qu’il reçoit en retour qui l’incite à se contrôler, c’est à dire à modérer la force de sa mâchoire ou à lâcher prise. Rapidement ce contrôle devient un réflexe.
Quand on réalise la force qui permet à la mâchoire d’un chien de briser un os, on comprend combien l’inhibition de la morsure est  un acquis primordial. En certaines circonstances, à titre d’avertissement, le chien est susceptible de prendre en gueule sans serrer. C’est impressionnant et très dissuasif.
Si le chiot vient à mordiller un membre de la famille ou à le mordre dans le jeu, il faut systématiquement crier « aïe » et immédiatement mettre un terme à l’interaction.  La fin du jeu est en elle-même une sanction sévère. Il n’y a donc pas besoin de frapper le chiot, mais il ne faut jamais laisser passer une morsure. C’est la condition pour que la morsure ne redevienne pas un rituel de jeu.

La séquence d'agression

Le chiot apprend les règles du conflit, et assimile les trois stades qui sont systématiques et immuables dans une séquence d'agréssion.
- Avertissement : avant d’agresser, un chien émet des signaux de menaces (mimiques, grognements). Si la menace suffit, les béligérants passent à la phase d'apaisement.
- Attaque : si la menace n’a pas les effets escomptés, le chien attaque : morsure  (simulée ou réelle). C'est le combat.
- Apaisement : A l’issue de la menace ou du combat:
     ---le vaincu s’immobilise totalement dans une posture de soumission passive.
    ---le vainqueur cesse alors immédiatement les hostilités ou le combat. Il surplombe le vaincu avec ostentation, et peut eventuellement poser une patte sur lui (confirmation de supériorité), puis émet des signaux d’apaisements (léchage)
Dans le conflit ces signaux d’apaisements, qui succedent aux postures de dominance, sont la prérogative du dominant qui enregistre et accepte la soumission de son adversaire. Un chien qui ne les utilise pas, ou ne les comprend pas, est un chien mal socialisé. c'est un chien dangereux, qui peut se mettre lui même en danger. 

 Ces trois phases de l’agression sont obligatoirement intégrées dans le code comportemental du chien.
Un chien qui ne les utilise pas, ou ne les comprend pas, est un chien mal socialisé. C'est un chien dangereux, qui peut se mettre lui même en danger.C'est un chien dont l'imprégnation n'est pas aboutie, soit parce que le mère était elle même mal imprégnée, soit plus probablement parce que, chiot, il a été retiré trop tôt de la mère et de la fratrie. A noter qu'il suffit d'isoler le chiot et de le confiner des ses premiers jours pour en faire une machine infernale. C'est le systeme utilisé par les délinquants notamment pour en faire de chiens de combats.  
Un homme, qui ne respecterait pas les phases d' avertissement (avant de frapper)  et d'apaisement (s'il a frappé), ne respecterait pas son chien, mais  surtout ferait  en sorte de ne pas être reconnu par son chien, et  de ne pas être respecté par lui. Ce serait en tout cas l’interprétation de l'animal. Pire: cela signifierait au chien que cet homme est dangereux, et donc détériorerait   leur relation. (Se méfier de certains éducateurs de club, j'en ai rencontré ici ou là,  qui montrent encore comment on « mate un chien » en le frappant ou en le faisant tournoyer au bout de sa laisse comme un lasso)
Si vous réprimandez un chien qui à fait une sottise, et s’il vient vous lécher et se câliner en remuant la queue, n’en déduisez pas qu’il vient se faire pardonner d’avoir fait la bêtise. Il adopte un  comportement de leader, et vous impose  l’armistice  sans préjudices de torts.

La hiérarchie

Au  cours des jeux et des compétitions dans la fratrie, le chiot évalue ses capacités à triompher ou à obtenir ce qu’il convoite. On se rappelle que le dominant, le leader, est celui qui obtient ce qu’il veut, même  s’il n’est  pas nécessairement  le plus fort physiquement.
Les parents et les autres adultes se chargent d’apprendre au chiot la hiérarchie alimentaire.
Sa position sociale s’établit, même si l’on sait aussi qu’elle est fluctuante. Le chiot apprend donc à délimiter sa place au sein d’un groupe.

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En résumé

Si l’imprégnation est bien conduite jusqu’à son terme par une mère qui, elle-même, dispose d’un répertoire comportemental riche, le jeune chien sait :
-signifier sa dominance, sa neutralité, ou sa soumission.
-défendre ou renoncer à défendre : un bien, un territoire, un privilège, un individu moins fort.
-adresser ou percevoir une menace
-soutenir ou éviter un défi
-faire un simulacre d’attaque pour s’imposer à un adversaire
-décider de fuir ou d’attaquer en cas de violation de son périmètre de sécurité par un intrus.
-mettre un terme à une phase d’agression, à tout moment, et à son initiative (soumission) ou à celle de son adversaire (geste d’apaisement).
Il est psychologiquement armé pour affronter ou contourner les épreuve de la vie, tout en restant le chien équilibré qu'il doit être