Une mauvaise habitude d'un chien n'est pas une fatalité

Elle peut être évitée.


Les mauvaises manières, ou mauvaises habitudes, ou comportement gênants, sont des comportements naturels (donc normaux) souvent induits par la maladresse de l' homme (l’éleveur puis le maître) et qui se corrigent par l'éducation ou la rééducation. Il ne faut pas les confondre avec des troubles du comportement (comportements anormaux) d’origines médicales, ou dus à des accidents graves du psychisme, et qui relèvent du diagnostic d'un vétérinaire.

Les comportements naturels

Nous avons vu que le chien, animal social, est la somme de l’inné (hérédité) et de l’acquis (environnement et éducation).  Il est important de savoir s’expliquer les comportements normaux, ou naturels,  de nos compagnons. Nous serons alors capables de  réorienter par l'éducation ceux des comportements normaux qui s'avèrent gênants.
Pour les expliquer il convient de distinguer
-les comportements acquis : Résultats de la socialisation, de l’imprégnation,  des expériences vécues, et de l’éducation reçue (chez l’éleveur, chez le maitre). Nous en avons déjà longuement parlé
-les comportements  instinctifs. Un comportement instinctif est caractérisé par le fait qu’il est héréditaire,  inconscient, spontané et  spécialisé (adapté à l’espèce). Les principaux instincts de base sont destinés à  assurer la survie de l’espèce : la reproduction, l’alimentation (prédation, chasse), l’agression (garde, défense), la survie (peur, fuite). Ce sont donc des comportements naturels,  normaux pour un chien, même si certains d’entre eux vont se révéler gênants pour la famille  parcequ'ils surviennent a contre temps.
Le chien étant civilisé et pris en charge par l’homme depuis longtemps, ces instincts n’ont plus de fonction vitale. Ils sont refoulés, et largement supplantés par les comportements acquis. Toute fois si un instinct n’est plus activé dans sa véritable fonction, il peut être activé par des déclencheurs de substitutions. Ainsi, l’instinct de prédation, qui n’est plus utilisé par les chiens pour leur survie,  peut s’exprimer par le jeu (poursuite d'objets mobiles: balle, voiture, joggeur), ou être exploité par l’homme dans des activités dirigées de pistage (chasse, recherche d’objets, recherche de blessés). Par ailleurs il se peut que dans certaines situations, face à une certaine stimulation, les apprentissages (insuffisants ou incohérents) n’offrent plus de solutions satisfaisantes au chien pour répondre à la stimulation. (Exemple : un chien mal socialisé qui voit sa zone critique violée par un intrus). Alors dans cette situation de stress, c’est l’instinct qui va déterminer le comportement du chien. Et s’il doit parfois y avoir réaction à un état de frustration intense, ce sera le plus souvent par l’agression. Agression  dirigée par le chien contre lui-même (automutilation) ou vers la cible la plus immédiate, ou la moins dangereuse à affronter (une pantoufle, un fauteuil, un autre chien, un enfant)

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Les comportements normaux mais gênants 

Les comportements normaux du chien qui ont un sens dans une meute de chiens sauvages ou de loups,  peuvent devenir gênants pour sa famille humaine. Il est important de bien les analyser, d'en comprendre le sens pour pouvoir les réorienter, ou mieux les anticiper.
Le jeu :
Chez le chiot il permet la mise en place des codes sociaux, de la hiérarchie, de la morsure inhibée, des autocontrôles... Il se poursuit à l'âge adulte. Il est un facteur important de la cohésion de la famille avec le chien, et un outil indispensable du « dressage ». Toutefois, Il peut devenir gênant si le maître ne sait pas rester « le maître du jeu » et indésirable quand le jeu se substitue a la prédation et consiste à faire des poursuites (objet mobile ou personne), à détruire des objets jugés précieux, par exemple. 
L'agressivité :
Elle est naturelle et nécessaire chez les prédateurs ainsi que chez tous les animaux quand il s'agit de défendre leurs prérogatives, leurs progénitures ou leurs vies. Chez le chien sauvage elle conduit à la prédation pour l'alimentation, mais aussi à la défense du rang hiérarchique, de la tanière, de la portée. La sélection par l'homme l'a fait diminuer chez le chien domestique et tend toujours à la faire diminuer, puisque hormis la défense, elle n'a plus de justification. Elle subsiste néanmoins comme symptôme d'un mal être momentané ou durable dont il convient de chercher la cause. Mal contrôlée, l’agressivité excessive envers les congénères ou envers l'homme sera très gênante. Mais, sauf dans les cas pathologiques, elle sera parfaitement inhibée par une bonne, et si possible précoce, socialisation du chien ou du chiot
La prédation :
Elle est essentielle à la survie des canidés sauvages, puisqu'elle conduit à l'alimentation. Chez le chien, normalement nourri par son maître, elle n'est plus utile. Elle peut subsister sous différents aspects ( Poursuite des voitures, de vélos, de joggeurs, d’animaux domestiques ou sauvages) aux quelles on mettra un terme par la socialisation et l’obéissance. Mais il faut la réorienter vers le jeu ludique avec ses maîtres (rapport d'objet) ou le pistage.
L'alimentation :
Les canidés sauvages vivent parfois de rapines. Si la nourriture est abondante ils l'enterrent pour la manger plus tard. Ainsi, le chien domestique peut : voler la nourriture,  faire les poubelles, et consommer sur place ou enterrer leur prise dans le jardin. Ce comportement s’est auto renforcé par la répétition des larcins. Pour l'éteindre, il suffira d'une part de fermer les placards et les poubelles et d'autre part de renforcer l'obéissance et donc l'autorité du maître. Un comportement qui ne peut se reproduire s'éteint.

La vie en meute : cas des chiens sauvages
La vie sociale de la meute n'est possible que si la hiérarchie est respectée. D’instinct le dominant adopte un rôle prépondérant. Il s’installe dans les endroits stratégiques. Il marque son territoire en urinant sur tout ce dont il s’attribue la propriété. Il gère les déplacements de la meute. Il régule les relations en grognant après les subalternes, parfois en les menaçant.
La vie en famille :
Dans la famille il n'y a pas hierarchie, mais il doit y avoir une discipline, pas forcément pointilleuse ou brutale mais clairement établie et constante. S’il y a des failles dans la discipline,  le chien va s’y engouffrer. Il occupera les espaces libéré par le laxisme des ses maîtres  comme les espaces de liberté qui lui seront volontairement consentis. Comment s’étonner alors que le chien en laisse tire ses maîtres pendant la promenade , ou urine n’importe où. Celui ci essayera surement d’accaparer les invités en se mettant en travers ou en leur sautant dessus. Celui là quémandera à table, ou sautera le premier sur le canapé. On peut imaginer tous les comportements possibles d'adorables garnements mal élevés.
S’il est libre de le faire, le chien va se comporter comme se comporterait le dominant dans la meute. Sauf qu’il n’en a pas les moyens dans une structure familiale. Il n’est ni meneur ni suiveur mais il est  les deux alternativement et aléatoirement, et cette incertitude risque de le conduire à une névrose. Par ailleurs c’est désagréable, voir éprouvant pour la famille. Il aurait mieux valu établir des règles de vies intangibles dés l’arrivée du chien, de sorte qu’il identifie clairement un leader et des repères stables.  Il aurait fallu procéder à son éducation pour qu’il acquière l’obéissance et s’installe aisément dans ces règles. Mais il en est toujours temps, rien dans ce type de comportement n’est irréversible. Simplement plus les habitudes sont anciennes, plus il est long de s’en défaire.

Les comportements gênants appris ou renforcés :

Certains comportements, issus de comportements naturels sont inconsciemment renforcés par l'homme. C'est le cas des chiens qui poursuivent le facteur, qui sautent sur les visiteurs, qui aboient pour rentrer,  etc…Dans ces cas, il suffit de modifier le comportement des humains pour que le comportement du chien disparaisse (extinction).
Le chien adopte aussi des comportements qu'il apprend seul, ayant obtenu une récompense à l'insu du maître. C'est le cas du chien qui ouvre seul les portes. En faisant disparaître la récompense, on provoque l'extinction du comportement (mettre un verrou à cette porte).

Les troubles du comportement :

Les troubles du comportements sont des pathologies graves qui provoquent des "comportements anormaux". Des comportements qui ne permettraient pas au chien de survivre dans son milieu a l'état sauvage. Ils ont une origine 
- génétique
- médicale : traumatismes crâniens, tumeurs cérébrales, et toutes formes de lésions du système nerveux (cas de la rage, maladie de carré, carences et intoxications chimiques ou végétales).
- dans des carences de stimulation pendant les phases d’éveil du chiot:syndrome de privation sensoriel  
- dans des expériences traumatisantes (dans le milieu d'élevage, dans la famille)

Le Vétérinaire sera la seule personne compétente pour en faire le diagnostic. Il pourra ensuite selon la gravité de l'état du chien soit le traiter médicalement, soit le diriger vers un confrère comportementaliste, soit prescrire des cours d'éducation.
Il serait donc utile de présenter au vétérinaire
le chien dépressif, en état de stress permanent, qui est angoissé sans raisons apparentes
le chien qui aboye ou hurle de façon excessive
le chien irascible qui agresse dangereusement ou qui mord 
le chien qui se lèche ou se mutile sans fin, qui présente des tics, qui a le tournis 
le chien qui a une peur anormale des gens ou des chiens, qui fuit ou se tétanise
le chien qui détruit, ronge, creuse de façon obsessionnelle, 
le chien qui refuse de s'alimenter 
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 Hormis les cas de pathologies purement génétiques ou médicales, beaucoup de cas de comportements anormaux ou gênants pourraient être évités par la prévention. Un milieu d'éveil riche chez l’éleveur, riche chez le maitre, et la participation à l'école de chiot constitueront la meilleure prévention. En tous cas ils peuvent toujours être corrigés par une rééducation plus ou moins longue et simple: voir le billet "mon chien est mal élevé".

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